Retour de Nabil

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Merci beaucoup pour ton message et pour cette découverte : Oser penser sa pensée.
J’ai été très sensible à l’idée centrale du livre, qui consiste à déplacer le regard : ne pas se limiter au contenu des pensées (opinions, conclusions, résultats), mais interroger leur forme, autrement dit le mode de pensée.
Je comprends mieux, à travers votre démarche, à quel point le mode de pensée dominant — souvent binaire, segmenté, évaluatif, parfois “camp contre camp” — peut devenir un frein : non seulement à la compréhension du monde, mais aussi à la possibilité de le transformer sans reproduire les mêmes schémas.
Ce qui me parle, c’est cette volonté d’assumer la complexité du réel :
une pensée plus globale, interactive, dialectique, qui cherche les liens, les effets de système, et qui apprend à relier plutôt qu’à trancher trop vite.
Et je dois dire que cela fait vraiment écho à ce que je vis dans mes engagements et mes formations actuelles.
Je constate parfois, de manière très concrète, combien le jugement binaire peut s’imposer, même dans des cadres supposés rationnels ou techniques.
Je l’ai par exemple vu lors du passage du PSE2 (secourisme de niveau 2, avec notamment des modules exigeants de brancardage, de suspicion de traumatisme du rachis, et la mise en place de protocoles rigoureux de relevage, immobilisation et transport) : certaines personnes qui avaient une vraie finesse d’analyse, une pensée plus nuancée, plus “universelle” — malgré leur sérieux — n’ont pas obtenu la validation. (Nous étions d’ailleurs quatre à ne pas avoir réussi, et les quatre étaient plutôt des profils “intellectuels”.)
À l’inverse, d’autres candidats, parfois en difficulté avec la langue française, ont pu réussir parce qu’ils avaient compris ce qu’il fallait “cocher” dans la mise en situation, ce qui était attendu de façon très normative.
Cela ne veut pas dire que les uns valent mieux que les autres, mais cela montre quelque chose d’important : même dans l’évaluation, la pensée binaire (réponses attendues, protocoles récités, schémas simples) peut être privilégiée, parfois au détriment d’une pensée plus complexe, plus réellement opératoire sur le terrain.
Dans une période où la pensée binaire revient en force, le “pas de côté” proposé par votre travail me semble très actuel, et même nécessaire, pour ne pas se laisser enfermer dans des catégories qui simplifient le monde au lieu de l’éclairer.
Merci encore pour ce partage.
C’est une démarche qui ouvre, et je suis heureux de pouvoir la découvrir et l’approfondir.
Amitiés, et merci infiniment pour cette sollicitude de t’avoir à mes côtés.
Nabil

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